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Les Français et Georges Pompidou

51 ans après le décès de Georges Pompidou, l’Ifop a réalisé une grande enquête d’opinion pour comprendre les représentations des Français à l’égard du 2e Président de la 5e République. Cette étude s’appuie sur un dispositif méthodologique d’envergure reposant sur l’interrogation d’un échantillon de 3000 répondants, représentatif de la population française. Un sous échantillon de 600 Français contemporains de Georges Pompidou (« génération Pompidou ») a été isolé au sein de l’échantillon principal.

 

Les résultats complets sont disponibles ici : Les Français et Georges Pompidou | Institut Georges Pompidou

 

 

Un président discret dans le Panthéon politique, mais unanimement estimé

 

Dans le palmarès des présidents préférés de la Ve République, Georges Pompidou occupe une place modeste, recueillant 14% des citations, à égalité avec Valéry Giscard d’Estaing. Il se trouve ainsi loin derrière le trio dominant formé par Charles de Gaulle et Jacques Chirac (42% chacun) et François Mitterrand (32%). Cette position en retrait s’explique par plusieurs facteurs. L’ombre imposante du général de Gaulle dans la mémoire collective, la présence encore vive de Jacques Chirac dans les souvenirs récents, et l’incarnation durable de François Mitterrand comme figure de la gauche française ont contribué à éclipser l’héritage de Pompidou. Son mandat relativement court (1969-1974) et l’éloignement temporel ont également estompé son empreinte dans l’imaginaire national.

Ce phénomène se traduit par une méconnaissance relative de sa personne et de son action. Seuls 23% des Français affirment bien connaître son œuvre présidentielle, avec un décalage générationnel prononcé. Par ailleurs, si 90% des plus de 65 ans identifient correctement sa photographie, ce taux chute à 55% chez les moins de 35 ans, illustrant l’érosion naturelle de la mémoire collective au fil du temps. Pourtant, paradoxalement, Georges Pompidou bénéficie d’une estime remarquable lorsqu’il est évalué pour lui-même : 83% des Français lui accordent une opinion favorable. Cette appréciation s’élève à 90% parmi la génération témoin de sa présidence, et culmine à 95% chez les sympathisants LR. Son Cantal natal et les départements limitrophes lui témoignent également un attachement particulier (90%). De surcroit, 84% des Français estiment qu’il a été un bon Président de la République.

 

Un Président qui incarne la puissance et la bienveillance

 

L’analyse détaillée de son image révèle qu’il incarne notamment une forme de probité, à une époque où la sincérité des responsables politiques est souvent remise en cause. Ainsi, 59 % des Français le jugent fidèle à ses idées, un chiffre qui monte à 83 % dans sa génération. Invités à sélectionner des adjectifs pour le qualifier, les Français évoquent principalement l’honnêteté (25 %, 46 % pour la génération Pompidou), la compétence (27 %, 40 % pour la génération Pompidou). En outre, Pompidou est largement perçu comme sympathique (55 % et 81 %), rassurant (53 % et 78 %) et combatif (48 % et 63 %).

 

Un bilan perçu comme positif pour l’ensemble de la société française, porté par la croissance économique, la politique culturelle et le rayonnement international

 

L’analyse du bilan de Georges Pompidou révèle une singularité notable : contrairement à de nombreux dirigeants politiques souvent accusés de favoriser certaines catégories sociales, l’ancien président est largement perçu comme ayant gouverné dans l’intérêt général. Ainsi, 24% des Français (et jusqu’à 37% parmi la « Génération Pompidou ») estiment que sa politique a bénéficié « à tout le monde », loin devant des segments spécifiques comme le patronat (14%), les petites et moyennes entreprises (9%) ou les retraités (5%). Cette perception d’une présidence au service de l’intérêt collectif plutôt que de groupes particuliers contribue significativement à la persistance d’une image positive, à l’heure où les divisions sociales et les accusations de favoritisme émaillent régulièrement le débat public.

 

 

Plus remarquable encore, l’héritage pompidolien transcende la seule dimension économique souvent associée aux « Trente Glorieuses ». Il s’articule autour d’un triptyque équilibré : la croissance économique (20%), la politique culturelle (15%) et le rayonnement international de la France (14%). La dimension culturelle occupe une place particulièrement significative dans cet héritage. Invités à associer une réalisation emblématique à Georges Pompidou, 41% des Français (47% parmi sa génération) citent spontanément le Centre Pompidou. Ce monument, connu par près de deux tiers des Français (64%), est très largement considéré comme incarnant une rupture innovante avec les codes architecturaux traditionnels (88%). Il symbolise l’audace et la modernité d’une présidence qui, tout en étant ancrée dans des valeurs traditionnelles, a su propulser la France dans la modernité culturelle.

 

 

Entre prospérité et sérénité : la nostalgie des années Pompidou

 

L’évocation des « années Pompidou » suscite dans l’opinion française une représentation particulièrement positive, mêlant mémoire factuelle et reconstruction idéalisée. Au-delà du simple bilan politique, c’est toute une époque qui se trouve magnifiée dans la mémoire collective, décrite à travers le prisme d’une France prospère et sereine. Ce regard rétrospectif se cristallise d’abord autour d’une perception très favorable du cadre de vie : 60% des Français (et jusqu’à 84% de ceux ayant vécu cette période) estiment qu’il « faisait bon vivre » durant les années Pompidou. Cette appréciation témoigne d’une forme de nostalgie pour une France perçue comme plus harmonieuse et épanouissante. Au-delà de cette sensation de bien-être collectif, les années Pompidou sont également associées à une dynamique de progrès et de développement. Elles incarnent une période de « modernisation industrielle » pour 53% des Français (62% dans la génération témoin), reflétant la réalité d’une économie alors en pleine expansion. Cette modernisation s’inscrivait dans une époque qualifiée de « paisible » par 51% des répondants (77% chez les aînés). Ce portrait idyllique relève indéniablement d’une part de reconstruction mémorielle. La période 1969-1974 n’était pas exempte de tensions sociales, de chocs économiques (notamment avec les prémices de la crise pétrolière) ou de défis sociétaux. Cette tendance à l’embellissement rétrospectif, particulièrement marquée chez ceux qui ont vécu cette époque pendant leur jeunesse ou leur âge adulte, participe d’un phénomène classique de « nostalgie générationnelle », qui plus est alors que l’époque actuelle peut être perçue comme particulièrement déroutante. Ainsi, les « années Pompidou » semblent cristalliser dans l’imaginaire collectif l’image d’un âge d’or national, où modernité et sérénité coexistaient harmonieusement, où le progrès économique s’accompagnait d’une certaine douceur de vivre. Cette représentation, entre mémoire fidèle et reconstruction idéalisée, contribue significativement à l’appréciation durable de Georges Pompidou lui-même, indissociable de l’époque qu’il a incarnée.

 

L’héritage Pompidou : une boussole pour la France dans un monde en recomposition

 

La pertinence de l’héritage politique de Georges Pompidou apparaît avec une acuité renouvelée dans le contexte géopolitique actuel. Plus de cinquante ans après la fin de sa présidence, les principes qui ont guidé son action internationale résonnent avec une étonnante modernité face aux défis contemporains. Les Français interrogés identifient trois dimensions essentielles sur lesquelles l’exemple pompidolien pourrait éclairer la France d’aujourd’hui : la recherche d’une plus grande indépendance vis-à-vis des États-Unis (citée par 20% des répondants), le développement d’une politique énergétique garantissant l’autonomie nationale (20%) et la construction d’une Europe puissante où la France jouerait un rôle moteur (18%). Ces orientations, héritées de la vision gaullienne et approfondies par Pompidou, prennent une résonance particulière dans le paysage international actuel. Le retour de Donald Trump à la présidence américaine, son rapprochement avec la Russie de Poutine, ses positionnements ambigus envers l’OTAN et ses réticences à garantir inconditionnellement la protection des alliés européens créent une configuration qui valide rétrospectivement la quête d’autonomie stratégique défendue par Georges Pompidou. Cette actualité surprenante de la vision pompidolienne se traduit par un consensus remarquable sur l’importance de son héritage en matière de sécurité et de souveraineté : 86% des Français jugent important son apport concernant le renforcement de la défense et de l’autonomie stratégique européenne, 85% valorisent son action en matière de dissuasion nucléaire française. Ainsi, cinquante et un ans après sa disparition, l’héritage politique de Georges Pompidou ne se limite pas à une simple réminiscence nostalgique. Il constitue une source d’inspiration concrète pour relever les défis d’un monde en recomposition, où les principes d’indépendance et de souveraineté qu’il a défendus retrouvent une pertinence stratégique fondamentale. Dans un environnement international marqué par le retour des rapports de force et l’affaiblissement du multilatéralisme, la France pourrait trouver dans cette vision pompidolienne une boussole précieuse pour orienter ses choix stratégiques.

 

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Frédéric Dabi Directeur Général Opinion France

François Legrand Directeur d’études - Opinion & Stratégies d'Entreprises

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